12/1/21 : On the attitude towards other people’s ideas

If you are in bad faith and smart,
you can trash anything,
replacing with material relations
that motivate you (money, mostly,
from existing social orders)
the whole point of having ideas.

Leaving bad faith aside,
if you care only to find weakness
that allows you to dominate,
you’ll end up with the very bland
and monotonous stuff
that can resist any criticism.

Only if you explore
without consideration of power
what bright and new thing might be
able to expand your mind
in spite of neighboring imperfections
will you thrive and the world also.

10/1/21

Cliquer en espérant
qu’il se passe quelque chose
cliquer cliquer cliquer
en quête d’un stimulus suffisant
pour le cerveau qui aime le mouvement,
les changements de couleur et de forme
– pour avoir le sentiment d’exister
en occupant quelque part l’écran d’autrui
– pour recevoir sur une autre page
dont l’accès requiert des clics spécifiques
des chiffres symbolisant des nombres rationnels
en notation positionnelle décimale.

Cliquer parce que quand on arrête
revient l’effroi du monde incliquable.

8/1/21

James Joyce voulait vendre du tweed
en Italie, Tolstoï s’est endetté au jeu.
Les faillites de Dumas père sont célèbres,
celles de son ami Balzac aussi.
Baudelaire a bu son héritage
et Racine courait les prébendes.

Ecrire est un métier
autant que vivre pour Pavese.

6/1/21

Ma copine a écrit le nom de mon chien sur mon chien.
Je ne suis pas content.

J’ai toujours refusé qu’on m’écrive sur la main,
même quand c’étaient des filles qui voulaient.

Je n’aime pas les tatouages
quand ils imposent un autre dessin
au corps qui en est déjà un
pas mal. Quant à des mots,

je ne crois pas qu’il soit bon d’écrire
des choses sur des choses.

02/01/21

A être près du point de rupture,
on apprend ce qui permet de vivre.
Surprise : ce n’est pas que le pain
ni même la gloire de l’arène,
mais un peu d’amour pour celui
qui plus encore que le voisin repousse
tout effort pour le circonscrire
en une éphémère embrassade.

31/12/20

Au temple protestant, on m’a parlé de Jésus
sans me demander d’abdiquer ma raison :
c’était bien. Mais j’ai eu peur de parler aux gens,
qui pouvaient tout gâcher si facilement.

A la gurdwara des sikhs, un homme chantait
dans une langue inconnue de moi.
Je me suis assis et à la fin,
on m’a offert des sucreries.

29/12/20

Parmi toutes les histoires de masturbation
dont le récit délasse nos heures d’ivresse,
celle qu’unanimes mes amis préfèrent
c’est quand je me suis branlé au sommet d’un arbre.

C’était une nuit chaude, étoilée, large lune,
j’étais à l’âge où l’on a le chibre facile :
pourquoi pas ? trouvait rarement de réplique.

Alors là-haut, dans les branches où j’aimais
me réfugier loin des obligations d’enfance
et que berçaient et mon poids et le vent,

j’ai rapidement fait mon œuvre,
veillant seulement à viser, l’instant critique,
celles des branches sombres et touffues
qui ne me serviraient pas à redescendre.

23/12/20

J’éteindrai bientôt la lumière mais avant
je souhaite penser encore un peu à toi qui dors
déjà, que j’ai cru aimer ou connaître
et qui me frappais seulement de l’éclat
innocent des châteaux ou construits
ou cathédrales dans les nuages
dont tu héritais
la confiance d’aller vers l’autre tel qu’on est.

21/12/20

La mise à jour de mes logiciels
d’écriture, traduction et correction
prend plus de temps que d’écrire un poème
sur du papier avec un stylo.

Il me faudrait seulement quelques bouteilles,
pigeons ou dauphins pour le transporter,
ce griffonnage sans intérêt,
jusqu’aux nombreux lecteurs avides

et lointains qui s’en délecte
-raient tout aussi bien.

19/12/20

Ce qui a besoin d’être dit n’est pas vrai.

Ce qu’il est nécessaire de dire
n’est pas encore vrai, on espère
que ça le deviendra en le disant.

Ce qu’il est nécessaire de répéter
a bien du mal à devenir vrai.

On peut dire quelque chose de vrai
tant que l’acte de le dire est contingent.

Par le langage, il n’y a
de vérité qu’hors-contexte (sacré ?)

L’interprétation des textes règnes sur le monde.

Les textes sont, ou aspirent à être,
la parole de Dieu.

17/12/20

C’est possible que les planètes soient des notes
sur une partition musicale en 3D,
en plus d’avoir des masses et des températures de fou.

C’est possible que les particules soient les pions
d’un jeu de dames super élaboré
auquel s’opposent des intelligences infinies.

Mais alors l’analogie entre le mouvement des unes
et des autres, typiquement enseignée en classe de 1ère S,
serait moins frappante et moins suggestive
d’un grand plan organisateur.

15/12/20

Elle a dû me trouver bien sage,
ma logeuse Airbnb,
lorsqu’elle est entrée faire le ménage
de ma chambre en petite tenue.

Je travaillais à l’ordi,
elle m’a dit de ne pas bouger.
Les seins serrés de nylon rose,
elle s’est penchée pour faire mon lit.

Puis elle a passé le plumeau
un peu partout sur mon bureau,
j’ai dit : « je ne bouge pas, alors »,
elle m’a dit : « non, comme une statue »

mais je n’étais pas fait de marbre,
simplement j’avais un souci :
qu’elle invitait dans son fourreau
j’avais des boutons sur le sabre.

13/11/20

– Ah, c’est bien, vous avez adopté
un petit réfugié syrien ?
– Non, c’est moi qui me suis réfugié
dans le vagin de sa mère,
un soir d’orage.
Et neuf mois plus tard, pouf !
j’avais ce gamin-là sur les bras.
– Ah, victime du jihad de l’amour, donc.*

* « Love jihad », notion fumeuse
en ce moment promue par le gouvernement indien
pour interdire ou limiter les mariages
entre musulmans et non musulmans.

7/12/20

Le lundi, Carrefour Market est fermé
alors je vais à Saint Jouin au Proxi
acheter la pâtée du jour.

Sur la route, il y a des cactus,
un véhicule ancien de la NYPD
et un Père Noël qui ramasse des galets.

Je me penche en conduisant
vers le givre qui fond lentement.

5/12/20

Ce n’est pas que tu n’existes pas
mais que nous ne sommes pas de nature différente
ni vraiment l’un de l’autre distincts
ou strictement délimités.

Dont nous soyons conscients tous deux
il n’y a que ce que nous partageons
directement ou par intermédiaires.
Notre existence
et ce dont nous sommes conscients tous deux,
c’est la même chose.
Il n’y a rien d’autre dont nous puissions parler.

Ce dont je suis conscient, c’est ce qui existe pour moi.
Ce qui existe pour tous est nécessairement imaginaire.

Nous ne sommes qu’une conscience commune.

3/12/20

Je voudrais ne pas être comparé à Houellebecq,
même si c’est vrai qu’il a fait des trucs bien
à l’ère du Minitel. C’est pas parce que
je suis comme lui asocial, dépressif et
que j’écris des cantiques à ma queue
qu’il faut nous mettre lui et moi en tête à tête :

d’abord, je suis plus grand et de moi
il ne verrait que le nombril ;
ensuite, et je me permets d’insister,
moi j’existe alors que lui est surtout
un reflet promené le long d’un caniveau ;
et enfin moi je ne suis pas imposable.

Alors, inspecteur, pourrais-je préférer ne pas ?

29/11/20

Simplement se croire supérieur
du fait d’une idée de statut
national ou de classe ou de
couleur de peau ! quelle ineptie
pourtant largement partagée.

Mais lorsque les inégalités dépassent
l’ampleur du concevable, soit :

j’ai trois chevaux et Marc un seul, ou
je suis meilleur que Marc à la pétanque,
par rapport à : tous les chevaux m’appartiennent
et si Marc en trouve un sauvage il est à moi
et pour faire du cheval Marc me doit un loyer,
ou : la pétanque c’est pour les ploucs,
moi je roule Marc en boule et le lance
avec un maillet sous de petits arceaux ;

alors il faut bien que Marc soit convaincu
de mon essentielle supériorité
sans espoir de revanche.

25/11/20

Le réel est un souvenir vérifiable,
mais la réalité c’est la conscience libre
de toutes ces notions imaginaires
qui nous composent.

Nul ne possède un arbre ni un corps.
L’argent ce sont des chiffres confirmés par une banque.
L’identité ce sont des comparaisons,
mais pas la substance d’un être.

Il me reste des choses à apprendre,
mais ça nous change de la masturbation.

23/11/20

Demain matin, peut-être,
je saurai écrire un poème
car ce soir je n’ai pas d’idées claires
suite à de trop intenses interactions
avec les mots des autres et nos désaccords
quand nous tentons tous de dire la même chose
à notre façon,
en des termes que nous comprenons.

21/11/20

Tu étais mon meilleur ami,
mais je n’ai jamais été le tien :
était-ce déjà l’annonce d’un problème ?

Les psychologues apprécient
ma lucidité sur moi-même
et ma formulation des choses :
c’est pour l’instant le meilleur public que j’aie eu.

Celles que j’ai aimées
ont fini par partir tiraillées ailleurs alors
à l’aurore de mon déclin je songe
à gicler pour de bon.

Je ne retire des contacts humains
qu’une impression d’être en trop.
Je pense avoir besoin de repos.

19/11/20

Devoir sentir les fesses de chacune
et chacun que je croise je crois
que je préférerais encore ça
à devoir faire la conversation
à voisines et voisins côtoyés
superficielle et provisoirement.

Même si c’est vrai que le temps
change un peu tout le temps par ici,
qu’il serait bon que nos glandes anales
sachent partager les informations minimales
nécessaires à la vie en groupe !
En gros, que tout va bien.

Et qu’on puisse garder le langage
pour chanter et ron, et ron petit patapon.

17/11/20

Se faire raser la barbe au Pendjab,
ce n’est pas facile. Etant donnée
l’importance culturelle et religieuse
de la pilosité masculine (et féminine,
mais c’est une autre histoire),
le barbier ne comprend pas l’instruction
et vous la shampouine, vous la taille,
vous la masse et vous l’huile,
tout sourire et quand vous réexpliquez
votre souhait d’en finir entièrement,
il comprend, dodeline de la tête
et la raccourcit un peu.

C’est comme si vous apportiez votre chien
au toilettage et demandiez qu’on l’égorge.
Comme si vous alliez chez le tailleur
et demandiez qu’il vous déshabille
pour partir mendier nu sur des chemins boueux.
Comme si vous donniez à votre jardinier
un lance-flammes et trois bidons d’essence.
Comme si vous alliez chez le médecin
avec votre enfant et un marteau.

Pour ne pas le vexer, vous irez
dans un autre salon de coiffure
la faire raccourcir un peu plus
en espérant à la fin
être à l’heure pour votre dîner.

13/11/20

Cela fait longtemps, disais-je
à l’amicale gardienne de mes pensées,
que je ne me suis rien mis dans le cul.

Un buste de Beethoven, la Divine Comédie
enluminée par Branduardi,
l’un de mes nombreux jouets

qui d’autres années me remplissaient
fort agréablement. J’en suis quitte,
afin de ressentir encore, ou presque,

cette ouverture possible entre le monde
du dedans et celui du dehors,
à produire moi-même des œuvres massives.

11/11/20

Drame dans la barbe ! Une touffe
de poils qui dépasse, je sors les ciseaux
et rabote, affine, aligne et tranche
jusqu’à couvrir le lavabo de vestiges poivre et sel.

Influencé peut-être par le Nord indien,
j’alloue à ma pilosité virile
des attentions de nourrice
obsessive et perfectionniste

et comprend mieux le précepte sikh
qui consiste à ne jamais la tailler.



9/11/20

Fatigué, la tête sur ma cuisse,
le président Trump refuse d’admettre sa défaite
après quatre heures passées à pourchasser des paons
au point d’avoir les jarrets tout crottés.

Assoupi sur mon châle en laine de yak,
le vaccin Covid développé par Pfizer
permettra peut-être de nous guérir
de cette nostalgie persistante.

5/11/20

Il fait froid.
Ce matin, l’herbe est couverte de givre.
Le grand marronnier scintille de rayons pâles
et les éoliennes semblent tisser une étoffe glacée.
La boue du chemin craque sous les sabots des chevaux fumants
à qui j’apporte des quartiers de pomme
et donne une caresse sur le nez.
Je ne vois pas les paons qui doivent encore dormir.
Je souris,
puis je rentre faire la vaisselle.

30/10/20

Qu’il y ait des clowns, c’est une bonne chose.
Les élire président de la République, ce serait
automatiquement les rendre pas clowns
et donner à leurs grimaces un autre sens moins drôle.

Enseigner l’histoire de France en remplaçant
chaque chef d’État par un clown, ce serait
rigolo deux minutes, mais pas top
d’un point de vue pédagogique
surtout si l’on est déguisé en clown.

Assassiner les clowns, c’est quand même très très con.

24/10/20

Pour soutenir Charlie Hebdo
sans avoir à s’abonner,
on peut offrir à son père pour Noël
un mug avec un type qui encule une dinde.

Après, convient-il vraiment
d’enseigner les caricatures au lycée ?

Je ne vois pas l’école comme un espace politique
où il faudrait activer les violences du dehors,
mais d’instruction et de dialogue à leur propos,
oui. Y montrer l’image, c’est généraliser
la prise de position bien spécifique
d’une publication satirique dont le ton,
dans la pratique même de ses auteurs
actuels et défunts, ne convient pas
à toutes les formes de discours
public, journalistique ou académique.
En parler, évoquer les ressentis de chacun à leur égard,
définir le rapport entre liberté d’expression
et sentiment religieux dans une démocratie
— et les débats qu’on peut avoir à ce sujet,
oui, ça me semble utile et pertinent.

On peut se faire assassiner pour les deux.

22/10/20

Accumuler sans fin l’information
me donne l’impression de vivre,
mais l’âge n’est plus à devenir
savant pour approcher le monde —

au contraire, briser l’échafaudage
pour qu’on voie si le bâtiment est beau
et s’il tient debout au moins
le temps d’une chanson.

20/10/20

C’est plus difficile que d’habitude
d’évoquer cette lumière éclatante
à l’horizon de mes champs labourés

car l’éclat se fait plus intense
encore à mesure que le jour
approche de se terminer.

(Que mon domaine soit imaginaire
se prête au contraire au récit.)

16/10/20

Tout comme la mémoire est inconsciente
mais bien présente en nous, disponible
par un processus imparfait, parfois
spontané, parfois récalcitrant, le souvenir,

de même le langage se présente,
vibrant d’idée, à ma conscience qui en juge
l’exactitude tout pareil, à ce qu’il correspond
ou non à ma notion du beau et du vrai,

la prophétie : l’avenir qui s’exprime au présent.

12/10/20

Quelque part entre les mots,
ce que leur arrangement précisément dit
de manière objectivement logique,

et les mots,
ce qu’ils révèlent malgré toi
de ton être le plus profond,

il y a, paraît-il, ton intention consciente
que je ne perçois pas et par laquelle pourtant,
tu aimerais pouvoir communiquer.

10/10/20

Si j’avais su qu’il suffisait
de les frapper pour qu’elles se taisent,
j’aurais pu me laisser tenter

quand je les vois aujourd’hui m’agresser
parce que je refuse de me taire avec elles
face aux coups d’un plus con que moi.

Le respect du plus fort,
c’est un peu ça le paternalisme

et l’agresseur semble bien le plus fort
puisqu’il ose agresser.

Il vaut mieux se taire et laisser faire

en espérant qu’il ne recommence pas.

8/10/20

Je ne voulais plus parler de moi même
si c’est très intéressant pour moi
de voir qu’un an plus tard, au sujet d’autre chose,
j’emploie précisément les mêmes mots,
avec la même musique macabre.

D’ici mon prix Nobel, j’aurai le temps peut-être
d’un peu me connaître moi-même.

6/10/20

Les images et les sons dont l’addition compose la conscience
ne sont pas non plus nous pas plus
que les formulations verbales dont nous nous ennivrons
croyant par elles connaître le monde, ô folie pure.

Mais c’est difficile de rester
observateur muet tout le temps.