12/7/20

S’allonge lumineuse et fragrante
et sur ses tiges la musaraigne file
à la vue du museau de mon chien
la lavande du bord de route.

Scintillent couronnes indiennes
orange et célébratoires
entre les haricots et les radis
les œillets du potager.

Rougeoient clinquants et fragiles
dans la dorure aride du mois d’août
souples au vent de Loire sinueux
les coquelicots sauvages.

10/7/20

Ma copine aime l’odeur des haies,
mais elle pète au lit quand je la complimente —
elle aime l’odeur du thuya,
mais pète quand je lui dis je t’aime.

Je crois qu’on est faits pour s’entendre.

À la question pourquoi tu m’aimes,
on a chacun répondu que l’autre
paraissait assez fou pour nous comprendre
ou du moins nous tolérer.

Je crois qu’on est faits pour péter ensemble sous les draps.

8/7/20

S’entendre dire ce qu’on est
lorsqu’on le sait depuis longtemps
mais que le dire soi-même serait vain,

c’est finalement assez agaçant
puisque c’était si simple
et que ça ne change finalement rien

si ce n’est qu’à se connaître soi-même
sans recevoir confirmation d’autrui,
on n’était pas si fou qu’on pensait.

6/7/20

La première fois que j’ai couché ici,
j’ai longuement regardé ce dessin d’Egon Schiele
reproduit au-dessus du lit.

Deux femmes, l’une la tête posée dans le giron de l’autre
qui se penche, le coude en avant.
Les traits s’égarent surprenamment,
mais les deux têtes alignées, pesantes,
donnent et le sens et l’équilibre d’ensemble.

L’essentiel de l’image
contredit (souligné ?) 
par les écarts de détail.

Aujourd’hui que j’habite ici,
je ne le vois plus, sauf exception.

4/7/20

Son bracelet vient d’Amritsar
et son visage de l’Ancien Régime.

Elle lui sourit comme une bergère
tandis qu’il mâche son camembert.

J’aime avoir des voisins de table intéressants,
donc je m’en vais.

Je n’aurais voulu que dormir aujourd’hui.

2/7/20

J’écris, donc on peut dire que oui,
je m’intéresse à la littérature,
mais aussi à l’évolution des marchés
et de cette verrue sous mon orteil.

Je ne suis pas M. X.,
mon assurance n’est pas si grande,
je ne fais que compter des syllabes
et me dorer la raie au soleil.

24/6/20

Quelle autre mesure de nos vies
que les personnes disparues
et créées, parfois,
par notre propre disparition ?

Le pire est qu’on le désire
si fortement, de n’être plus,
car ce contre quoi l’on s’échange
est toujours supérieur à nous

tels que l’opinion commune
et souvent, la nôtre,
nous font nous sentir
au quotidien.

22/6/20

Le mari de Taylor la bat-il ?

Elle l’aurait affirmé à toutes ses amies,
mais celles-ci restent dubitatives
devant les caméras, et elle-même
s’offense qu’il en soit fait mention.

C’est là qu’intervient Google, et j’apprends
(c’est la beauté de regarder en différé)
que ledit mari s’est pendu
à la fin de la saison 2, et qu’il avait
déjà plusieurs condamnations pour violences domestiques
envers ses femmes précédentes.

C’est fou ce qu’on s’instruit sur Internet,
je me sens désormais plus savant.

20/6/20

Kim révèle à sa sœur Kyle
qu’elle voit un homme en secret depuis un an
et s’apprête à emménager avec lui.

Kyle pleure.

Taylor n’a pas invité Lisa
à la cérémonie de remise d’un prix
qu’elle reçoit pour son travail (fictif ?)
de femme en entreprise.

Lisa se plaint à son mari Ken
et mijote sa vengeance.

Je suis allé au restaurant indien,
c’était très bon,
mais j’ai mal au ventre,
encore.

Paul, le mari d’Adrienne, est chirurgien esthétique
et suggère à leur psy de s’offrir un lifting
lorsqu’elle les sermonne un peu directement
au sujet de leur relation.

Peu de temps après, elle s’adresse à lui pour ce faire.

18/6/20

Je tire la langue comme les statues
au fronton des temples indiens.

Je tire la langue dans ton sexe
et goûte des émotions féroces.

Je tire la langue à ceux que je rencontre
et combien me touchent en retour ?

Je tire la langue comme un lion
seul et sans prétention.

14/6/20

Le mystère humain, ce sont les
real housewives of Beverly Hills
ou Terasu Housu,
quand il y a de nouveaux épisodes.

La télé, c’est Netflix
et tant compte l’image que c’est
désormais sur mon téléphone.

Le vide, c’est de ne pas savoir
comment niquer communément.

L’extérieur, c’est avec vous.

6/6/20

Pourquoi un tel besoin d’autrui ?

Le comédien qui déclame
tout seul dans la forêt
son texte et ses émotions
n’est-il pas tout autant habité ?
tout aussi véridique ?

Quelqu’un le surprenant
aurait-il besoin d’une explication ?

2/6/20

Pourtant, l’argent non plus n’a pas le même sens pour tout le monde.

Mon père, qui en a, préfère ne pas en gagner plus
lorsqu’une épidémie fait baisser les marchés
de manière brutale et à coup sûr excessive,
car cela dévaloriserait les deniers longuement amassés
par le travail, et la valeur sociale d’une existence
qui lui fut consacrée, et la vision du monde
qui repose sur le savoir et les compétences —
peut-être aussi les attitudes —
ayant fait le succès de la personne concernée.

L’argent trop facilement gagné attriste
ceux qui en ont déjà beaucoup.

31/5/20

L’argent, on ne peut pas nier que c’est important,
alors je transfère le mien d’un compte à un autre
pour exister. Je n’en gagne pas assez pour le dépenser
et exister ainsi, ni assez vite pour le sentir passer.

Car ce que j’écris, à quoi j’ai consacré
l’essentiel de ma vie,
apparemment n’a pas d’importance
et cela crée en moi un vide à combler

par des comportements obsessifs et ridicules.

29/5/20

Je clique encore à la poursuite de l’argent,
sans autre gain que mon angoisse entretenue
face au vide éprouvant de mon être social
et rémunéré.
             Persister et persévérer
dans l’illusion d’une rencontre possible
entre ce que je cache et ce qu’ils ne veulent pas,

c’est encore plus fou que de croire aux miracles.

27/5/20

Le temps passe et nos sentiments
nous semblent extérieurs à nous,
par le regard des autres figés sur notre apparence

qui doit être donc vraie puisque consen-
suellement vue et considérée,
leur constance nous dépassant.

Comme j’aimerais changer de situation !
et pourtant, comme j’aurais aimé qu’elle soit vraie.

25/5/20

Mes sacs à crotte sont biodégradables
et faits de fécule de maïs et pourtant
extra-résistants pour éviter les fuites.

Ils permettent cependant de sentir la texture
et la température des objets qu’on ramasse
à travers et qui sont, pour la plupart,
des crottes, et quelques petits cailloux
ou des herbes amalgamés à l’essentiel.

Qui est, plusieurs fois par jour,
la crotte la crotte la crotte.

Mais c’est bien de pouvoir éviter les fuites.

23/5/20

Tu n’es plus un enfant.
Attendre d’autrui des câlins
pour apaiser la peine de vivre,
ce n’est plus raisonnable
sauf à leur offrir quelque chose d’important
comme de l’argent ou ton patrimoine génétique.

Mais de ta famille, point.
On n’est pas là pour exprimer de la tendresse,
mais peut-être, en testant
les uns sur les autres
toutes les formes de violence sociale,
une certaine solidarité.

19/5/20

Le chiot pour enterrer son os
a creusé plusieurs trous,
si bien que je ne sais
lequel le contient.

Le chiot pour aller manger des fraises
attend que j’écrive des poèmes
et que bien concentré sur ma cible,
je perde des yeux la sienne.

Le chiot est aussi rapide qu’un oiseau,
mais il n’aime pas, alors pas du tout
que je le plonge dans la piscine
froide, avec moi.

17/5/20

Je voyais le soleil se lever
dans ce petit triangle vide
entre tes cuisses.

Son premier rayon pointé depuis l’horizon
traversait l’appétente moiteur de ta chair
pour m’atteindre, éblouissant et frêle,

dans la chambre payée par mes parents
à l’hôtel Santa Marta de Lloret de mar.

J’ai griffonné l’ébauche d’un poème
et fait un petit croquis
pour qu’on voie bien par où la lumière passait.

J’étais un poète,
tu étais belle et devais me quitter
quelques semaines plus tard,
la veille au soir j’avais trop mangé.

C’était un menu spécial « riz »,
au restaurant du cinq étoiles
et vin à volonté et un petit whisky
à la fin pour bien digérer.

Le nombre de serveurs affairés
faisait honneur à la royauté :
clients étrangers nous étions satisfaits.

De retour dans la chambre, le ventre trop plein,
j’étais trop occupé à roter
pour te satisfaire ou t’honorer, ô fine philippine,

jusqu’au matin.

11/5/20

Je me suis offert à deux personnes
qui m’ont épousé, puis rejeté.

Isab, elle, m’a forcé à la prendre
violemment
et sans rien lui offrir
j’ai vécu près d’un an.

Misao s’est reprise si vite
que j’ai failli glisser.

Et tu m’attendais,
soûle sous la pluie d’été.

9/5/20

Aimer son voisin, c’est le plus difficile,
surtout à Saint-Saturnin-sur-Loire
où ce ne sont que des parisiens riches
(au nombre desquels, sans doute,
je compte aussi pour les vrais troncs du coin)
qui ne manquent ni d’opinions sur tout,
ni de merde derrière les oreilles.

Mais heureusement pour moi,
on n’est censés ce voisin que l’aimer comme soi-même.

7/5/20

Aimer les gens,
ça ne m’a jamais vraiment réussi.

Pas au point d’être crucifié,
mais l’idée est la même si bien qu’on se demande
si c’était peut-être un avertissement
voire une menace,
cet homme torturé qu’on affichait partout
dans la ville où j’étais petit.

5/5/20

Il m’a tenu éveillé toute la nuit
et nous dormons à présent tous les deux,
chacun dans son panier.

Dans mes rêves, je cours après des lapins
et parfois,
mes propres sursauts me réveillent.

Ce n’est pas que j’aime pas le karaoké
mais tout seul et bourré toute la nuit,
ça donne envie de hurler à la lune.

Alors nous dormons tous les deux,
au lieu de jouer dans les prés.